Poèmes, Photographies, Infographies, Peintures et Créations de Michèle Schibeny
 
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 L'EPHEMERIQUE

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Michèle Schibeny
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MessageSujet: L'EPHEMERIQUE   Jeu 11 Nov - 11:05













L' Ephémérique







Le premier jour il avait plu. La route était glissante et le ciel trop bas pour que l'on puisse discerner quoique ce soit. D'un côté les montagnes qui barraient le chemin, de l'autre le précipice trop près qui vous glaçait l'échine. La voiture avait serpenté pendant des kilomètres ainsi, mes mains cramponnées au volant, et à aucun moment je n'avais appuyé sur les pédales devenues molles sans raison. Quelque chose avait pris le contrôle de la voiture quelques secondes après que j'eus choisi ma route habituelle. Le ciel avait bien l'air menaçant et beau à la fois, mi-noir, mi-orangé, de nuages fascinants et inquiétants, et des craquements semblaient venir de dessous la voiture. C'était des coups d'un tonnerre invisible mais sonore se faufilant entre le sol et l'auto en la soulevant presque, comme s'il court-circuitait ma route du réel. Je glissais, je volais peut-être parfois, je fonçais, je freinais, indépendamment de ma volonté, mais je n'avais pas dérapé encore.

Quand la voiture s'arrêta coupant les gaz automatiquement, la vitre du côté passager s'ouvrit instantanément et une sorte de souffle entra dans l'habitacle faisant voler mes cheveux en tous sens. Ce souffle avait des yeux, un nez, et un grand rire jovial. Où donc pensait-il être ? Croyait-il vraiment que c'était le moment de plaisanter ? Croyait-il vraiment que j'en n'avais pas encore assez supporté ? Les jointures de mes doigts me lançaient d'avoir serré mon volant de toutes mes forces, et bien qu'à l'arrêt, il m'était toujours impossible de sortir de la voiture dont les roues gauches étaient à quelques millimètres du bord du fossé.

Soupçonneuse d'entendre rire "La Chose", je ne bougeais pas, préférant ne pas faire tanguer le véhicule. Elle en profita pour me lécher la joue à la manière de Charly mon Bouledogue que j'évitais pour ses marques d'affection humides. J'avais une irrésistible envie d'aller aux toilettes et j'étais parcourue de frissons, alors que j'étais partie de chez moi dans un état que l'on peut qualifier de normal, même si souvent je me posais des questions sur la normalité des choses ... La Chose décida sans plus d'explication de se retirer par la vitre qui se referma derrière elle tandis que la voiture se remettait en marche, et je ne savais pas avant ça que ma voiture possédait tant d’options cachées !

Soudain le paysage changea. Dans le fond du précipice la masse nuageuse fut aspirée par je ne sais quel phénomène grouillant, des plantes apparurent comme on sort mille lapins d'un chapeau, grandirent à vue d'œil, recouvrirent le fond du ravin, grandirent encore et dépassèrent le bord de la route jusqu'à ce qu'une branche énorme s'agrippe à ma carrosserie pour me tirer vers l'avant, tandis que je cherchais dans un coin de mon cerveau complètement déboussolé et paralysé, la façon normale de faire démarrer une auto ! Incapable de maîtriser l'agitation folle de mes mains, je mis cinq bonnes minutes avant de dégager la route comme il me l'était ordonné et j'appuyais à fond sur l'accélérateur déjà au sol, en me disant que tout allait bien finir par redevenir normal puisque j'étais sûrement en train de rêver. Oui, c'est cela, je devais rêver.

Mais je ne fis qu'échouer mon capot contre un énorme phare à moitié renversé que je frappais de plein fouet en m'assommant tout à fait, alors qu'il n'y avait aucune mer à proximité, j'en étais bien certaine, puisque nous étions, pour tout vous dire, en plein centre de New York, enfin, avant le précipice et la route entre les montagnes bien sur. La vitre se rouvrit, j'en eu conscience, mais j'étais trop fatiguée pour sortir de ma léthargie et je restais ainsi ce qui me sembla durer trois bonnes heures.

Quand je rouvris les yeux on était déjà le deuxième jour, mais je ne le saurai que plus tard. A côté de moi La Chose était revenue mais avait changé d'aspect, à moins qu'elle ne fut quelqu'un d'autre, et elle lisait une carte routière que je ne reconnus pas. Son corps était plus flasque et opaque, et les yeux lui étaient comme sortis de la tête, comme à moi en somme me disais-je en ricanant de mauvais poil. Les yeux bougeaient partout sur son corps selon le besoin, ils étaient parfois deux, parfois dix, parfois plus encore, ils grossissaient et rapetissaient, parfois ils se regroupaient et se parlaient ou se chamaillaient, mais jamais ils ne me regardaient.

La voiture avait par ailleurs, des soubresauts étranges comme si elle avait décidé soudain de grignoter pour avaler la route entière sous elle. D'ailleurs l'asphalte avait disparu, et un immense nuage de poussière nous entourait de toute part qui m'empêchait de voir dans quelque direction que ce soit. J'aurais été une cocotte minute prête à exploser que cela n'aurait pas été différent. En fait je conduisais dans un état second, un nuage épais de poussière orangée, sans rien faire d'autre qu'agripper mon volant, assise aux côtés d'une sorte de limace géante translucide occupée à lire une carte improbable et escamotable sans qu'il ne lui vienne à l'idée de m'indiquer une direction ...

Je ne peux dire à quoi je savais que nous avancions, mais je le savais. La Chose se résorba comme par enchantement sur le fauteuil tout à coup et le moteur s'éteignit alors que je ne voyais toujours rien d'autre qu'une poussière rouge qui ne m'incommodait pas, moi qui étais allergique à tout.

Ma drôle de cocotte minute toussota, brouta, frissonna, et quand son moteur repartit plus véloce que jamais, la poussière avait disparu et j'étais au beau milieu d'un bouchon sur le boulevard qui menait à mon bureau. Tout avait l'air normal de nouveau, sauf moi, mais c'était tellement subit que je décidais mentalement d'un rendez-vous à prendre en urgence avec mon psy. Ne rigolez pas ! Je me dis que seuls mes anti-dépresseurs et anxiolytiques pouvaient être la cause de ces hallucinations débordantes d'imagination qui me faisait si cruellement défaut en temps normal. Je n'étais pas une marrante, j'étais bien placée pour le savoir puisque même mon Charly aboyait à la mort à me regarder parfois, mais je n'allais pas rire pour plaire à mon chien tout de même ! Je farfouillais donc dans mon sac à main à la recherche de mon téléphone mobile pour immédiatement prendre ce fameux rendez-vous puisque je faisais du surplace, quand soudain, la cocotte minute vira à droite, MON pieds au plancher, pour ME diriger droit sur, je devrais plutôt dire "dans", la boutique d'un marchand de journaux.

Stoppant in extremis et projetée la tête en avant, je vis soudain écrit sur le vitrine comme on grave un cristal :
"Epargnons-nous le Troisième, Quatrième, Cinquième et Sixième jour et passons tout de suite au Septième, non ?" signé : l'Ephémérique.

Aucune réponse ne me venant à l'esprit, la cocotte minute traversa la vitrine dans un éparpillement étincelant de bouts de verre coupants, tandis que le téléphone m'échappait des mains pour filer sous la banquette de la place du futur mort. Oui, parce qu'au train où allaient les choses, ce serait un miracle si j'arrivais entière quelque part.

Alors le troisième jour commença, j'en eu la certitude intellectuelle à je ne sais quel détail. Derrière la vitrine du libraire il n'y avait pas de librairie, mais un magasin de poupées, qui s'entretenaient de discussions plus ardues les unes que les autres. Les unes philosophaient, les autres parlaient chiffon, certaines récriminaient, les poupons insultaient les fillettes, les Barbies crachaient sur les panoplies de Batman, la plupart, en étaient venues aux mains et se bastonnaient sans pitié, complètement hirsutes, dépenaillées, cassées et larmoyantes. Cette vision suscita de vives interrogations en moi et je trouvais ce tableau choquant et excessivement plus inquiétant que tout le reste.
Je n'eus cependant pas le temps d'autres questions. MON pouce partit, je ne sais comment, appuyer sur la touche qui sert à décrocher la sonnerie du téléphone en train de claironner deux secondes avant, sous la banquette, et La Chose en sortit avant même que j'ai intercepté l'appel pour m'arracher le téléphone des mains en se foutant visiblement de moi d'une grande grimace transparente. Elle farfouilla alors dans le menu et mes numéros à une vitesse incroyable, jusqu'à bousiller l'appareil qu'elle rejeta par dessus son épaule molle au fond de la voiture contente d'elle quand elle en eut fini. J'en restais bouche ouverte sans rien dire, estomaquée.

"Tu comptais appeler qui ?" me dit-elle moqueuse, "tu as besoin d'aide peut-être ?"

Sidérée je restais une nouvelle fois muette. Une éclaircie se fit alors vaguement dans mon cerveau, m'autorisant à penser que tout ceci n'était peut être pas complètement le fait d'un hasard loufoque. Ma vie de chnoque et mes médocs, mon destin et mes ravins, mes chemins et mes concubins, mes freins et mon latin, n'y étaient-ils pas pour quelque chose ?

" O U I ! " s'écrivit-il sur mon pare-brise que de toute évidence La Chose habitait aussi, tandis que je faisais un bond sur mon siège. Et ce fut le quatrième jour.

En arrêt devant ce mot, celui-ci se mit à fondre avec le pare-brise lui-même, pour disparaître en glissant sur le capot de la voiture jusqu'au sol, tandis qu'interdite, je voyais la poussière se masser encore autour de mon auto. A croire que je n'avais pas encore assez macéré me dis-je agacée ! Et pourtant je n'étais pas vraiment en colère ; il faut dire que je n'étais pas vraiment réveillée non plus sinon ...
La voiture n'avançait plus et La Chose n'était pas avec moi. Les bras croisées et la bouche boudeuse, je regardais avec désapprobation arriver tout ce brouillard terreux et je ne voyais rien au delà de ça. J'avais l'impression d'être dans un désert infernal et justicier, ou bien une sorte de grosse essoreuse dégoûtante sans but précis, quand je me dis dans un sursaut, qu'après tout, je ne comprenais pas pourquoi je me laissais enfermer ainsi sans rien dire. Alors je secouais la poignée et la portière de toutes mes forces mais rien n'y fit. Je cherchais ensuite un outil quelconque pour casser la pellicule qui remplaçait maintenant le pare-brise mais je ne trouvais rien. C'est en appliquant mes deux mains dessus à plat, que je me rendis compte que cela était tiède et élastique. Continuant à palper pour trouver une brèche, mes mains sentirent soudain comme un battement régulier sous la membrane élastique. Un cœur humain n'aurait pas fait un autre bruit que ce que je percevais soudain. La membrane bougeait, tressaillait au passage de mes mains sur elle, les coups répétitifs s'accéléraient plus je me faisais pressante, et cela m'émut au plus haut point. Etait-ce La Chose ? Etais-je sous La Chose, ou bien m'avait-Elle absorbée ?
Je respirais sans difficulté, je n'avais pas vraiment de crainte mais je ne comprenais rien. A force de regarder cette peau lisse et orange palpitante et de l'entendre battre, je m'endormis au volant de la voiture et rêvais d'une joyeuse naissance, moi qui refusais obstinément d'être mère depuis ma plus tendre enfance.

Alors je décidais tout en dormant de ne plus me réveiller jamais. Pourquoi sortirais-je de cette léthargie si agréable, de ce cocon si étrange mais si vivant ? Je n'avais personne à qui parler, personne à qui raconter mes hallucinations sans me faire enfermer pour toujours dans une camisole chimique à l'épreuve de toutes les évasions, il fallait donc que je reste là. Et assoupie deux jours durant, je me répétais cela comme un mantra sans discontinuer.

A l'aube du Septième jour un cri me réveilla, le mien. Cillant avec difficulté je m'aperçus que ma drôle de cocotte minute s'était ouverte comme une orange coupée en quartiers et que j'étais assise en son centre. Le soleil pointait à l'horizon et la poussière et la ville avaient disparu. Je me mis debout pour sortir et je sus que la joyeuse naissance du rêve était la mienne propre. Puis, je sentis, impalpable dans ma main, La Chose, l'Ephémérique, qui avait glissé sa main, agile et légère, transparente et aussi mouvante qu'une algue de la mer, plus chaude que la plus chaude des embrassades, plus rassurante que mille anxiolytiques réunis, plus sensible et agréable que la langue aimante de Charly. Alors, Il me conduisit au milieu d'un paysage de rêve comme on pose un bibelot sur un meuble à la seule et unique place possible qui lui était réservée de toute éternité, puis avant de disparaître rassuré que je sois arrivée à bon port sans autre anicroche que d'avoir douté de ma santé mentale il me dit :

“ Prends possession de Toi. Autour de Toi, aussi loin que puisse aller ton approche, c'est encore Toi, et tout ce qui manque à ta vie c'est seulement Toi ! Vois plus loin que l’éphémère !” 





Fin

Michèle Schibeny
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Dernière édition par Michèle Schibeny le Jeu 29 Sep - 9:47, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'EPHEMERIQUE   Jeu 18 Nov - 6:07

Au début ça fout les jetons... Et puis on se laisse emporter dans ce qui pourrait ressembler à un pélerinage. Amusant ensuite le contraste entre le fait de subir les évènements sans en comprendre le sens et l'apothéose finale révélant la morale, tu existes, prends ton destin en main, tu as des choses à dire et à faire. Finalement c'est comme si on te rencontrait en chemin, comme si tu devenais la conscience de nos inconscients. Autant te dire que j'ai adoré ta petite histoire et que je reviendrai voter en temps et en heure.
afro:taim:
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Michèle Schibeny
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MessageSujet: Re: L'EPHEMERIQUE   Jeu 18 Nov - 7:36






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Merciiiiiiiiiii

tu as eu vraiment les jetons ???

chouetteeeeeeeeeee


J'en ai une autre ....

je vais la mettre en ligne ce soir tiens ...

tu me diras ce que tu en penses ....


bisoussssss



:perdu: :perdu: :perdu: :perdu:






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MessageSujet: Re: L'EPHEMERIQUE   

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