Poèmes, Photographies, Infographies, Peintures et Créations de Michèle Schibeny
 
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 LES HOMMES EN ROUGISSENT

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Michèle Schibeny
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MessageSujet: LES HOMMES EN ROUGISSENT   Dim 10 Juil - 22:06










Les Hommes en rougissent







Couchée sur le dos dans mon grand lit à deux places, dans le noir total, mon corps s'élevait, dans une raideur totale non désagréable, mes bras ne quittant pas le long de mon corps, mes yeux fermés, mes deux jambes  bien parallèles. Aucune partie de mon corps ne frémit à cet événement inattendu. Je décollais, légère, ou plutôt même sans poids, de mes draps froissés. C'était lent mais bien réel et ne me provoquait aucun vertige. Ma vision des choses continuait derrière mes paupières closes. Je voyais l'extérieur de moi de l'intérieur, par la force de la mémoire et de l'imagination ce qui devint une nouvelle perception, un nouveau sens. Je pouvais voir l'intérieur de moi de la même façon, et tout était parfaitement distinct, évident, immense.


Vu de l'intérieur de moi, tout était palpable, envisageable et réel, aussi clairement et facilement que par ma vue naturelle. Une vue d'ensemble, au beau milieu des ombres, des obscurités et de l'incompréhensible. Un voyage en toute sécurité, sans ceinture ni assurance pour vol dangereux avec risque de complications. Sans pieds sur terre. Un voyage dans l'immatériel. Il n'était pas si compliqué, par l'esprit, de garder un oeil sur soi, en même temps que sur tout ce qui m'entourait. La chambre, parce qu'elle m'était connue, me mettait en confiance, tout autant que je n'éprouvais aucune peur de me lever en pleine nuit et au beau milieu de mon sommeil, sans allumer la lumière, pour aller boire un verre d'eau à la salle-de-bains située juste à côté. Je percevais les silhouettes des meubles, des portes, de mon lit, et je ne me cognais que très rarement. Avancer à tâtons et en silence. Se mouvoir comme un fantôme, sans lourdeur, sans épaisseur. Fendre l'air et la nuit d'une  lenteur non calculée. Sentir le contact froid de la poignée d'une porte. Passer de la douceur et du moelleux de la moquette de la chambre, à la fraîcheur provoquante du carrelage sans ouvrir les yeux et se sentir plus vivante d'être plus réveillée. Voilà l'expérience que mille fois au moins j'avais déjà faite par la force des choses dans des conditions normales. Il n'était pas besoin que je me raisonne pour me lever de mon lit en toute tranquillité, et pour faire ce que j'avais à faire dans ma propre maison, quand bien même tout le monde dormait à poings fermés et que j'étais obligée de me mouvoir silencieusement et sans lumière.


Cette nuit, mon esprit vagabond avait effectué le même chemin sans que je bouge du lit. Mes sens avaient imaginé et du coup ressenti, le froid, le chaud, le doux, le voluptueux et le moelleux. Mon esprit s'était souvenu de la nuit, du silence, de la douceur tranquille de l'air, et il avait pris possession de l'espace tout entier et des éléments, pour y pénétrer comme s'il découvrait et entrait dans une nouvelle pièce, complètement familière cependant. Le temps m'avait approfondie dans cette expérience, sans effort, sans le vouloir, sans que je pense à la rejeter non plus, mon impression s'était muée en réalité, sans que je retombe sur mon lit. Le plus étonnant, avait été de pouvoir passer tellement de temps les yeux fermés à méditer, rêver et réfléchir sans m'endormir. Cela ne m'était jamais arrivé avant. Tenir une heure ou deux, c'était une chose. Mais tenir cinq heures d'affilée, sans m' énerver, sans m'affoler, sans me lasser et sans m'endormir, était certainement une première et la clé de tout cela j'en avais bien l'impression. Peut-être bien que ce café pris un peu avant minuit y était pour quelque chose bien que je ne me sente absolument pas nerveuse. Toujours est-il que je n'avais toujours pas sommeil. Mes paupières semblaient soudées l'une à l'autre sans être pour autant lourdes et sans que cela signifie que tout le reste de mon corps soit fatigué de la journée, qui par ailleurs, avait été des plus normales. Le fait même de me poser soudain la question de savoir qu'elle heure il pouvait bien être, provoqua immédiatement l'apparition devant mes yeux fermés, des chiffres bleus fluorescents de mon réveil à quartz. Il était 4 heures du matin.


Je me dis soudain que je ne raconterai jamais cela à personne. Ou bien on me prendrait pour folle. Il n'en était pas question. J'étais déjà artiste et sauvage. J'étais en plus originale et marginale, je n'allais pas en plus passer pour une cinglée. Ce détour de ma pensée vers des choses plus terre-à-terre, ne me fit pas retomber de la hauteur confortable que j'avais déjà atteinte sans la rechercher d'aucune façon. Je voyais sous moi le vide, la hauteur, presque un mètre tout de même, et je n'avais ni peur, ni conscience de faire quelque chose  d'extraordinaire. Je n'avais aucune sensation agréable ou désagréable me parvenant de mon corps. Pas de fourmillements, pas de démangeaisons, pas de cheveux qui me chatouillent, pas de gargouillement de mon estomac, ni faim, ni soif. Rien. Pourtant à bien réfléchir, je sentais de l'intérieur de moi, le poids de mes cheveux qui pendaient dans le vide. Je sentais qu'ils remuaient imperceptiblement. Je sentais aussi mon pyjama se coller à ma peau sur le dessus de mon corps, et pendre par en dessous. J'étais bien dans les airs. «  Était-ce bien ? Mal ? Normal ? » me demandais-je soudain. Je n'eus pas le temps de me répondre à moi-même que déjà je montais encore comme un ballon à l'hélium. D'un bon mètre encore. Pourquoi ? Je n'aurais su le dire ! Mais j'étais montée d'un coup, et de façon assez brusque à dire vrai. Pourquoi ?  " Pourquoi pas ! " me dit une voix en moi.
Effectivement, pourquoi pas ...


Ce n'était en tous les cas pas à cause d'une plus grande concentration, car je ne me sentais pas concentrée, ou plus concentrée que d'habitude, mais bien plutôt libérée, libre, maître de moi, pleine d'une grande confiance en moi et en mes capacités. Je me sentais autorisée à penser que tout était possible, faisable, normal. Qu'il suffisait que je le veuille. Pas fort, non. Que simplement je le veuille vraiment. Et que je fasse comme si je l'avais déjà. Le monde m'appartenait. Je m'appartenais. Mes espoirs étaient déjà des rêves réalisés pour lesquels je jubilais par avance sans rien en voir encore de réel. Une assurance m'habitait tout simplement pour toute chose. Une assurance qui n'était pas de mon fait, mais qui m'était tombée dessus. Et apparemment, l'assurance qui nous tombe dessus nous élève !


Monter d'un mètre supplémentaire me rapprocha des étoiles que je vis beaucoup mieux. Et la chambre un peu moins bien. Évidemment. Le ciel était sombre, les étoiles pétillantes, comme elles se doivent, le noir de l'espace légèrement bleuté. C'était très beau. Mes doigts auraient voulu saisir mon appareil photo instinctivement, mais ce ne serait pas possible. Ma mémoire photographia donc le ciel, en se fixant intensément sur la partie du ciel qui lui plaisait le plus. Mes paupières se plissèrent d'avantage. Mon regard fixe détailla tout ce qu'il y avait à découvrir, reconnu des figures, repéra l'étoile du berger, et se familiarisa avec tous ces clignotements distincts ou indistincts du ciel. C'était comme si tout mon esprit s'était transformé en l'univers dans son entier, en un univers intérieur, absolument semblable au vrai univers. Tout aussi vivant. Bientôt je pourrai faire et aller où je voudrais, et je le sus sans que nul ne me le dise. J'étais aux commandes d'une formidable machine : moi !



Dans la chambre d'à côté des soupirs tranquilles montaient régulièrement. Les enfants dormaient. Je pouvais voir leurs visages sereins posés sur leurs oreillers et leurs cheveux fins éparpillés dessus. Je les admirais un long moment suspendue dans les airs de ma chambre en me disant en souriant, qu'heureusement ils ne me voyaient pas dans cet état. Une douce lumière bleutée filtrait par la fenêtre et projetait son ombre sur le sol. Les jouets sortis des coffres en osier avaient une vie en sommeil dans leur état propre : bois, fer, peluche, plastique. Les lampes des chevets semblaient ciller par intermittence, impatientes de s'éclairer de leur vie propre. Et l'odeur de la cire des meubles flottait avec moi dans les airs en nuages brumeux et filandreux. Les plantes vertes dans leur cache-pot tressaillaient imperceptiblement, sauf pour moi de l'autre côté du mur qui les entendais tout autant que les enfants endormis. Il ne me fut pas plus difficile d'aller en esprit dans la chambre suivante. Les murs n'étaient pas des barrières. Les portes n'étaient pas des protections. Les plafonds n'étaient pas des garanties. Le ciel, la lumière, l'esprit entraient et ressortaient de partout, s'insinuaient sans effort, sans raison, sans risque, comme si l'univers, le monde, le ciel et la terre, avaient été parfaitement plats. Sans rien pour empêcher leurs déplacements. Un vaste courant d'air circulait sans retenue, sans raison apparente non plus. Apparemment.


Soudain mon corps fit un demi tour sur lui-même tout en me redressant dans les airs pour que je me retrouve debout sur mes pieds, face au mur qui était auparavant dans mon dos, mes bras toujours disposés le long de chaque côté de mon corps immobile. Mon coeur n'avait pas palpité plus vite, ou plus fort de ce brusque changement de position non attendu. J'étais comme insensibilisée corporellement à tout ce qui se passait en moi et autour de moi. Face au mur, j'ouvris les yeux, mue par un besoin impérieux, non prévu et irraisonné. Le mur vert pâle patiné devant moi me sembla le plus beau du monde. Il était nu. Je levais soudain ma main droite droit devant moi, et je le touchais du plat de ma paume. Celle-ci s'enfonça, mon corps avança, et je passais dans la chambre des enfants sans aucun effort. De là, je me retrouvais presque instantanément devant le mur suivant, ma main se leva de nouveau et tout mon corps se retrouva dans la pièce suivante. Comme s'il suffisait de le vouloir pour le pouvoir.
Le vouloir pour le pouvoir …

Parterre la lune faisait un cercle de lumière sur le parquet, et mon corps avança sur de lui, dans ce raie de lumière, toujours suspendu dans les airs, ce qui m'expulsa de la chambre pour me propulser instantanément sur la Lune, sans avoir l'impression de l'avoir ni désiré, ni imaginé, ni suggéré, ni impulsé. Mon esprit pensait plus vite que la lumière. Il désirait plus vite que les éléments n'existaient. J'arrivais sur la Lune comme si le raie de lumière avait été moins compliqué à franchir qu'une simple porte pour y parvenir. Le temps n'avait pas bougé au réveil resté dans ma chambre. Sur la Lune je vis ma maison comme si elle n'était qu'à quelques mètres de moi. Puis un grand faisceau de lumière vive apparut pour former un extraordinaire triangle d'or, sortant de moi, se dirigeant à toute vitesse vers la Terre, pour rebondir et fuir dans le ciel immense à perte de vue, avant de retomber sur moi en me traversant de part en part au moment où je crus qu'il ne reviendrait plus. Au milieu de ce triangle, les circonvolutions de mon cerveau en pleines vibrations se dessinèrent entourant mon coeur rouge et palpitant. Cette image resta imprimée dans le ciel immense pendant quinze minutes avant de disparaître d'un coup, comme on éteint une lumière, ce qui me fit redescendre lentement dans mon lit en état de sommeil profond.


Vers six heures je me réveillai de nouveau, d'un coup. Les yeux subitement grands ouverts je fixais le plafond sans bouger. Le triangle brillait à plat sur le plafond de la chambre. A côté de moi, Dan dormait encore et ne bougeait pas d'un pouce. Aucun son ne me parvint de toute la maison. Mon coeur palpitait la haut dans le triangle, mais pas dans ma poitrine. Je ne le sentais pas, je ne l'entendais pas. Regarder uniquement ce triangle fixement me fit doucement remonter en l'air. Et je me laissais faire encore. Aucune pensée ne semblait occuper mon esprit. Mais le triangle tournoyait à l'intérieur de moi aussi. A mi hauteur dans la chambre, je levais mon bras droit en direction du triangle et je disparu en son centre à une vitesse vertigineuse. La spirale m'entraîna dans sa folle course. Ou plutôt, mon coeur et mon esprit réunis et fusionnant dans le triangle entraînèrent mon corps, uniquement mû par ces mêmes forces en moi, inconnues de moi jusque là. Je fis le tour de la terre plusieurs fois. Toujours plus vite. Je vis l'Inde et sa pauvreté. Je vis l'Amérique et ses buildings qui semblaient frôler mon corps à mon passage. Je vis les neiges éternelles geler le bas de mon vêtement. Je vis les volcans en éruption lécher la terre saine. Je vis les mers se soulever. Je vis les déserts disparaître d'un coup de vent. Je vis tous les continents se rapprocher les uns des autres, puis s'éloigner de nouveau et glisser sur les eaux. Je vis les animaux courir tous dans la même direction, puis prendre ensemble la direction inverse au même moment, ensemble, de n'importe quel point du globe. Je vis le soleil dorer le sol et disparaître un nombre incalculable de fois. Je vis les hommes de toutes les nations regarder  en toutes circonstances, simplement la pointe de leurs chaussures et marcher dans toutes les directions, perdus, sans questions et sans réponses, comme des fournis ayant oublié l'entrée de leur fourmilière. Je vis les courants naître et tourbillonner dans la mer et chercher aussi le sens, la direction, l'ultime destination. Et moi, je tournais également, sans m'arrêter, sans raison tout autour de la Terre, privée de mes sens et du sens de l'orientation. Puis mes yeux tombèrent sur le triangle d'or, et je me re centrai en moi-même presque automatiquement, ce qui me régla immédiatement sur le coeur de l'univers. La connexion fut parfaite sur le champ, et provoqua le calme absolu sur toute la planète.


Retournée au sommeil juste après sans savoir comment, je rêvais les réponses à mes interrogations. Et celles-ci étaient simples : il faut rester centrer sur son coeur et son esprit, en faisant d'eux la pile énergétique de sa vie chaque jour. Vie, amour et intelligence. L'éternel et parfait triangle pour tout sublimer, tout comprendre, tout envisager, tout désarmer ou tout déchaîner, intrinsèquement.


A 8 heures, il était temps de mettre en application tout cela en branchant "la pile". Je me jetais au bas du lit en repoussant les couvertures du lit, je posais mes pieds par terre sur la moquette épaisse, et restant encore assise encore quelques minutes, je fermais lentement les yeux, cherchant mon coeur, mon esprit, mes désirs, mes espoirs, ma volonté, mes forces vives, ma confiance en moi, ma joie et mes espoirs pour cette nouvelle journée. Les ayant trouvés tous au fond de moi, chacun lové dans une parcelle de mon être, je les liais spirituellement en gerbe, comme des fleurs choisies pour un exceptionnel bouquet, et je les lançais, intérieurement, dans mon coeur et mon esprit, comme on jette de l'essence ou un bûche bien sèche sur un feu pour le faire repartir. Des flammes débordèrent de tout mon être. Mon esprit fut embrasé. Ouvrant les yeux, je me mis sur mes jambes, souriante et confiante, possédant tout l'univers puisque je me possédais moi-même pour être aux commandes de ma propre vie, et je réveillais toute la maison.


Les yeux encore fermés, Dan saisit mon poignet et demanda un baiser. Je déversai en lui le feu. Main dans la main pour réveiller les enfants, il partagea ce feu avec chacun d'eux. Embrasés d'un bonheur si grand qu'il fait rougir les hommes insensés, la journée commença prometteuse.





Fin





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