Poèmes, Photographies, Infographies, Peintures et Créations de Michèle Schibeny
 
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 WEEK-END A ROME

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Michèle Schibeny
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MessageSujet: WEEK-END A ROME   Sam 23 Juil - 21:05













Week-end à Rome






C'était un beau mec.
Brun. Le type italien. Cheveux courts, pommettes et mâchoires creuses et saillantes. Le teint basané, les Ray-Ban trônant sur le bout de son nez aquilin magnifique... Il ne devait pas avoir plus de trente cinq ans. Et bien sur célibataire. Cela se décelait immédiatement. Italien. L'arrogance en moins je présume. C'était l'aperçu rapide que j'en avais eu en me tournant par deux fois hâtivement pour ne pas être découverte en train de l'observer trop intensément.


Il était assis juste derrière moi dans le bus qui nous faisait visiter de long en large la ville. Sa place dans ce tour semblait parfaitement déplacée et incongrue car il parlait la langue du pays, affalé confortablement tout au fond du bus, tout comme d'ailleurs ses deux autres compères assis à ses côtés, auxquels il tenait des discours éloquents et frivoles à mi-voix. Sans doute ne pouvait-il pas s'empêcher de se faire remarquer me dis-je déjà agacée. Mais l'homme du milieu ne semblait pas avoir besoin de ses camarades pour briller. Les femmes devaient souvent se retourner sur son passage, et on l'aurait aisément imaginé à la terrasse d'un café, seul, sirotant à perpétuité un liquide noir et brûlant aux arômes entêtants, en détaillant d'un œil d'amateur éclairé, toutes ces femmes déjà conquises passant devant sa table réservée d'un bout à l'autre de l'année pour cette unique activité.


A côté de moi, mon si sérieux et occupé mari, lisait ses revues financières et sportives silencieusement et méticuleusement depuis des heures, avec toujours le plus grand intérêt du monde. Absorbé, comme si celles-ci lui révéleraient des secrets, quand ce n'était que de simples journaux de hall de gare écrits en vitesse pour les voyageurs incapables de regarder défiler à perte de vue, le magnifique paysage dans la glace à côté d'eux.


Son coude frôlait le mien sur l'accoudoir. Mais pas ses yeux les miens. Ce frôlement n'était pas intentionnel. C'était le frôlement de l'habitude. Un frôlement de quinze années de mariage. Un frôlement sans surprise auquel je n'attachais moi-même qu'une importance toute relative. C'était un frôlement sans la moindre possessivité ni suggestivité. Mais il était bien là ce coude, sur l'accoudoir que nous partagions. Un frôlement sans signification, tout comme ces quinze ans de frôlements obligés et nécessaires. Un frôlement consenti et consentant. Un frôlement ordinaire. Pour lui.


Derrière moi, le beau brun s'agitait, hilare mais stylé, sur de lui, pétillant, adorable, inabordable, et je ne pouvais m'empêcher de tendre l'oreille à sa conversation et d'être intriguée. Pourtant Dieu sait que je n'ai jamais aimé les trop beaux gosses ténébreux surs de leur affaire ! Mais j'avais quinze années de plus que lorsque j'affirmais cela haut et fort, avec tout le sérieux du monde pour la dernière fois... Et quinze ans de mariage dans les pattes... J'avais donc dû changer ou bien j'avais fini par oublier leurs défauts pour n'être plus qu'attirée par leur charme irrésistible. En quinze années, j'avais oublié qu'ils n'étaient pas seulement des beaux parleurs, mais aussi de passionnés amants pleins de virilité, capables de faire chanceler à n'importe quel moment, toute la retenue du monde et son bon sens, ainsi que tous les sens les plus timides ou intimidés d'ailleurs. En un quart de seconde seulement.


Les jambes du beau brun étaient étendues négligemment sous mon siège. Ses fins mocassins noirs dernière mode, touchaient mes sandalettes aux lanières argentées de cuir, par intermittence, doucement, sans forcer, sans à-coup, sans brutalité. Ils évaluaient l'espace entre nous en y creusant sa propre place, sans s'excuser et sans être plus pressant que nécessaire, ce qui eut pour résultat de me mettre immédiatement en confiance, de me faire oublier peurs et tabous, et même, il faut l'avouer, de provoquer mon plaisir à cette présence masculine recherchant avec insistance mes faveurs. Mes pieds nus contre ses chaussures fermées suscitaient en moi un déferlement soudain de visions, de fantasmes et d'émois incroyablement incontrôlables dont je n'étais pas coutumière, alors que j'aurais du me retourner et lui demander vertement de garder ses pieds sous son propre siège au lieu d'investir mon espace déjà si réduit dans ce car tellement exiguë. Mais ce n'est pas cela que je fis ce jour-là. Je ne sais pourquoi. Comme si je ne m'étais aperçue de rien, ou bien comme si le bus et les soubresauts de la route étaient les seuls fautifs de notre rapprochement hasardeux mais bien réel, je feignais d'ignorer, alors même que personne ne m'observait et que je n'avais donc besoin de rendre de compte à personne. Je feignais les yeux baissés sur mes genoux pour cacher mon émotion. Je feignais les yeux perdus droit devant moi entre les rangées de sièges du bus, pour chercher un point fixe, dans ce vertige que je sentais imminent, tout en continuant d'accepter et même de rechercher, lentement mais sûrement, son contact, habilement, sans me dérober, puisque ses avances manifestées me plurent au plus haut point. Et, sans me faire prier, je lui fis savamment de la place tout contre mes pieds. Sans le faire exprès peut-être au début ! Ou peut-être pas... me plaisais-je à imaginer ne me reconnaissant pas moi-même. Il avait forcé mon intimité, s'était installé dans ma conscience, sans m'adresser une seule parole, sans me connaître, sans me demander l'autorisation d'un seul mot ou d'un seul regard, alors que je lui tournais le dos et que nous ne nous pouvions même pas nous voir. Pourquoi m'avait-il choisi moi ? Par quel hasard étais-je celle qui lui convenait pour ce doux instant de folie ? Cette situation me mit rapidement dans un état d'émotion indescriptible de plus en plus difficile à dissimuler et contrôler. J'avais à la fois honte de me laisser faire, honte d'être son jouet, honte de ce que cela signifiait, et incapable de résister à cette tentation de plus en plus enivrante suscitée par ce bien pauvre et léger attouchement, presque ridicule, qui pourtant m'excitait tant à la fois. Flirter avec un inconnu... Flirter avec l'invisible... Flirter avec ses propres envies... Flirter avec l'interdit...
Il ne m'en fallait pas beaucoup me dis-je le cœur battant comme un fou...


L'homme au Ray-Ban avançait toujours plus ses jambes entre mes jambes, je sentais sa chaleur, ses pieds étaient pressants, exigeants, autant que des mains... Cette chaleur, à travers même le tissu rêche de son jean raide, faisait monter le rouge à mes joues. Mon cœur battait toujours plus fort, tandis que lui ne cessait de discuter avec ses amis des femmes, de la façon de les surprendre, de les prendre, de leur donner du plaisir, de les condamner à s'abandonner à eux, sans presque rien faire. Et je le sentais bien. Il mettait ses théories à exécution sur moi, en direct, en cachette de ses amis, pour se prouver à lui-même qu'il avait raison. Et il avait raison. Sur moi il avait raison.


Mes pieds nus étaient petit à petit sortis de leur chaussure pour se faufiler entre les deux pieds croisés de l'homme qui se laissait faire en jubilant, bien entendu. Il me gardait là, en lui, visiblement tout aussi émoustillé que moi par ce si simple et doux contact qui avait fini par lui couper l'envie de discourir sur le sujet. Mes pieds remontaient sous les jambes de son jeans, ce qui n'était pas aisé pour moi, mais, il nous aidait de son mieux en s'étendant de plus en plus sur son siège, tandis que je m'évertuais à reculer mes pieds le plus loin possible, en me tortillant, pour mieux le sentir contre moi, de plus en plus en équilibre instable... J'étais hérissée de désirs. J'étais embrasée. J'étais comme je n'avais jamais été de ma vie ! Et ces caresses durèrent près de trois heures pendant lesquelles je me liquéfiais pratiquement. Il avait fini par faire semblant de s'assoupir entre ses deux amis, qui eux, dormaient pour de bon, pour jouir totalement de cette tendre opportunité, pour se laisser totalement enfiévrer par l'attrait qu'il ressentait tout comme moi pour ce trouble inquiétant et exigeant, là-bas, derrière ses longs cils noirs.


Et puis soudain le bus s'arrêta à une aire de stationnement, juste devant une boutique servant de tout, et aussi des rafraîchissements. Mon mari m'informa qu'il allait se dégourdir les jambes sans même me jeter un œil, tandis que j'acquiesçais sans un mot ni faire mine de le suivre, ce qu'il ne remarqua même pas. Heureusement... Les gens se levaient peu à peu pour faire un tour aux toilettes et acheter des cartes postales et des glaces italiennes, et je faisais semblant de paraître intéressée par ce qui se passait par la fenêtre du car, alors que tous mes sens focalisés sur les caresses de ses pieds, bandaient en attendant la suite. Et bientôt le car fut vide, à part lui et moi scotchés là à nos sièges. Lui, faisant semblant de dormir tout en caressant toujours mes pieds et mes jambes, de ses pieds et de ses jambes, et moi, droite comme un i, en feu, le coeur prêt à exploser dans ma poitrine, prête à tout et n'importe quoi.


Devais-je lui parler ? Devais-je aller m'asseoir à ses côtés ? Me retourner ? Lui sourire ? Le toucher ? Devais-je me lever en quatrième vitesse et aller l'embrasser tant que je m'en sentais le courage ? Etre d'avantage engageante ? Devais-je lui faire une proposition ? Attendre qu'il m'en fasse une ? Lui donner ma carte et mon numéro de téléphone ? Continuer de faire semblant qu'il ne s'était rien passé ? L'entraîner vite fait aux toilettes pour aller jusqu'au bout de cette folie ? Rien de tout cela ne me ressemblait. Je ne fis donc rien. J'en avais par ailleurs déjà suffisamment fait à mon sens, et de plus je ne voyageais pas seule. Mais voyant mon mari qui remontait déjà dans le bus avant tous les autres passagers, j'eus envie de prendre mes jambes à mon cou. De sortir précipitamment pour ne pas que cette chimère pas même rêvée soit ternie par les mots ordinaires et barbares d'une vie de tous les jours. "Tu veux un sandwich ?" "Tu n'as pas trop chaud ?" "Tu n'as pas envie de te dégourdir les jambes ?" "Non !!!" Je n'avais envie de rien d'autre que de l'Autre. De Lui là !!Immédiatement ! Tester sa bouche, ses mains, son ventre, ses reins. L'enlacer, le presser, l'embrasser, le dévorer, le caresser. A jamais. Le faire fondre, fondre avec lui, le posséder, m'abandonner, me donner, le recevoir. Là. Tout de suite. Immédiatement...


Alors je fis sans avoir à y réfléchir ce que me dictait l'instinct. Je me levais comme une furie pour sortir du car. Je dévalais les quelques marches en courant, en oubliant mon sac et tout le reste. M'arrachant de l'étreinte de l'homme au Ray-Ban pour courir aux toilettes de l'aire de repos, m'isoler, remettre de l'ordre dans ma tête, dans mon coeur, dans mes émotions. Là devant le miroir au dessus des lavabos, je ne me reconnus pas. Mes yeux exorbités lançaient des flammes. Le rouge à mes joues brûlait ma peau. Mes cheveux se dressaient sur ma tête. J'étais hors de mes sens. De mes sens habituels s'entend ! Mes mains tremblaient. Je haletais. J'étais en transe. Comme une amoureuse éperdue que je n'avais encore jamais été. Jamais !


Puis son visage se détacha dans le miroir, à côté de mon visage. Je le regardais comme s'il sortait tout droit de mon imagination. Comme s'il était totalement impossible qu'il soit réel. Qu'il soit là, tout près de moi. Il ne dit pas un mot pendant deux à trois minutes, me regardant fixement dans le miroir. Sans bouger. Sans parler. Puis il posa sa main doucement sur mon flanc gauche en enlevant de son autre main ses lunettes qu'il mit dans la poche de sa chemise pour dévoiler ses yeux de braise. Il ne riait pas, il ne souriait pas. Il était beaucoup plus grave que je ne l'en aurais cru capable. Son regard absorba le mien, lentement, très lentement, suavement, voluptueusement, totalement. Et je fus derrière ses yeux, dans sa tête, je battais soudain dans ses veines, mon coeur cognait dans son coeur, à toute allure, à l'unisson, jusqu'à la fusion.


- Je t'ai rapporté ça dit-il, en brandissant dans le miroir mes sandales oubliées dans le car. Et je baissais les yeux sur mes pieds nus, stupéfaite, avant de m'absorber en lui de nouveau, dans la glace, sans trouver un seul mot intelligent à dire. Sa main brûlait ma taille et m'ôtait toute pensée. Ma bouche resta entrouverte, mes yeux écarquillés, mon estomac en révolution.

- Je t'ai rapporté aussi ceci, continua-t-il tout aussi sérieusement en extirpant comme par magie mon sac à main à bandoulière sur le bout de son index de derrière son dos, son autre main glissant, elle, beaucoup plus bas sur mon ventre, brûlant ma peau à travers le coton léger de ma fine robe à fleurs, tout en me fixant toujours dans le miroir, tandis que mon coeur affolé et subjugué, fit un bond énorme dans ma poitrine, par delà mon corps, son corps, le temps et l'espace.

- Et puis je t'ai ramené aussi cela, dit-il en indiquant ma valise à ses pieds. Et il resserra d'un bras de fer son étreinte autour de mes hanches, m'obligeant enfin à lui faire face, d'une force possessive, virile et autoritaire qui finit de me conquérir définitivement.

- Je lui ai dit que c'était fini entre vous. Tout est réglé.





Fin







Michèle Schibeny



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