Poèmes, Photographies, Infographies, Peintures et Créations de Michèle Schibeny
 
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  JOUR ZERO

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Michèle Schibeny
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MessageSujet: JOUR ZERO   Ven 7 Juin - 13:50











Jour Zéro





Elle était là allongée sur la table du bloc opératoire. Dans quelques instants elle serait shootée, pour ne pas sentir, voir, comprendre ce qu'on lui ferait. Il faudrait qu'elle fasse confiance à toute une armada de blouses bleues, de bonnets blancs, de masques retenus derrière des oreilles presque incongrues dans ce lieu aseptisé et inoxydable, faudrait qu'elle comprenne les mimes des mains professionnelles habillées, gantées qui s'agitent tout autour d'elle. La valse des blouses n'arrêtait pas, des vertes aussi, et des roses, et des blanches. Qu'avaient-ils tous à s'affairer à ce point ? Pourquoi cette douce musique en arrière fond dans cette lumière presque aveuglante ? Elle se sentait calme malgré les apparences même si elle n'avait pas envie de le leur dire de peur qu'ils ne prennent plus de gant avec elle. D'ailleurs on l'avait préparé à tout cela. On n'allait pas en faire une affaire d'état tout de même ! Bien d'autres avant elle étaient passées par là...

Puis il vint vers elle, avec ses yeux d'un bleu foudroyant, la seringue à la main, aiguille vers le haut, comme s'il portait l'arme fatale IV dans sa main. Il savait bien qu'il était tout puissant ! Ca se lisait dans ses yeux, et il savait bien qu'elle n'avait aucun moyen de se défiler alors pourquoi cette pointe de machiavélisme dans son regard ? Ou bien se faisait-elle des idées ? Elle ne savait plus trop. Elle voulait en finir c'est tout. Il enfourna sa seringue dans une des nombreuses tuyoteries qui lui sortait de partout, commença à compter à rebours en la fixant droit dans les yeux d'une façon soudain bienveillante, puis elle n'entendit plus marteler les secondes à rebours, tout juste le temps de marmoner rapidement une prière toute simple : "je veux revenir..."

Tous ses os lui faisaient mal. Cette table était terrifiante. Ecartelée par des écarteurs, cisaillée par des scalpels, épongée par on ne sait quelles compresses qui lui semblaient rugueuses et inapropriées, et pourtant toujours aussi mal foutue. Impression d'être coupée, grattée, écartée, curée et nettoyée dans un bruit de fond de voix lointaines bourdonnantes comme dans une ruche inconnue. Et puis ses rêves qui se mélangent à ces sensations, des lumières lointaines, des ombres qui les croisent, des musiques inconnues, un léger mal de tête, une envie de sortir du brouillard pour mettre au point sur quelque chose de moins flou comme en photographie lorsqu'on saisit son sujet. Une vague peur tapie dans un coin qui s'enfle et éclot pareille à une bulle arrivée à maturation à la surface d'un lac sans pour autant que cela soulage ou effraie d'avantage. Une pensée qui vient d'ailleurs, d'il y a longtemps, ce que sa mère lui rappelait sans cesse : "tu es entre les mains de plus grand que toi"...

Et puis l'humidité partout. De l'eau, ou du sang peut-être ? Quoi d'autre ? Mais elle n'avait pas mal. Pas de conscience de jouer sa vie ou sa mort. Juste un état d'endormissement particulier avec de grands trous noirs de la conscience. Normalement elle n'en avait pas pour longtemps lui avait dit l'infirmière en entrant dans le bloc, et pourtant il lui semblait être dans ce drôle d'état depuis des lustres ! Elle entendait des bip lointains, parfois plus proches, parfois même il lui semblait voir les couleurs de ces bips étranges, bleus, verts, rouges... Ou bien elle se les imaginait ? Ils ne s'affolaient pas cela dit. Tout devait bien se passer. Elle en avait l'impression. De toute façon elle le saurait très bientôt. On aurait dit qu'ils recousaient. Elle sentait un vide soudain. Elle avait quelque chose de changé mais elle n'aurait su dire quoi pour le moment. Finalement c'était comme lorsqu'on était chez le dentiste. On sentait tout, on ne voyait rien, et on n'avait pas mal. C'était l'essentiel ! Elle ne voulait pas avoir mal ! Elle avait une frousse incontrôlable de la douleur depuis toute petite.

Puis, peu à peu, les bruits diminuèrent tout autour d'elle puis s'estompèrent. Un calme relatif revint et avec lui quelques pics de douleurs lancinantes finissant par s'estomper doucement après un temps. Elle avait chaud et froid, un brin nauséeuse. Impossible d'ouvrir les yeux. Et la douleur monte de nouveau en intensité, puis s'estompe comme les vagues de la mer repartent pour revenir, et repartir encore et encore. Et soudain elle veut savoir. Elle veut dire quelque chose mais n'y arrive pas et elle commence à s'agiter sur son lit ce qui lui provoque des douleurs supplémentaires, mais elle s'en fiche. Oui ! Elle s'en fiche ! Tiens c'est nouveau ça se dit-elle ! Juste le temps de grimacer, de contrer la douleur en se figeant pour mieux en prendre le contrôle, d'attendre qu'elle passe, et elle veut de nouveau savoir, et ce désir dépasse et surpasse tous les désirs qu'elle a pu avoir jusque là de toute sa vie !

Elle s'affole et s'agite tant et si bien qu'une blouse accourt à son chevet en lui demandant doucement mais fermement, de se calmer dans un souffle amical qu'elle perçoit nettement et qui l'apaise d'un coup. Elle n'arrive toujours pas à ouvrir les yeux mais elle sent parfaitement bien le latex du gant de l'infirmière caresser lentement sa main, pour soudain murmurer à son oreille : "Il est beau ! Il est très très beau ! On l'appelle comment ce petit bonhomme ?"

Et elle pousse un grand soupir de soulagement et de béatitude, un sourire immense aux lèvres même si ses yeux ne veulent toujours pas s'ouvrir pour le moment. Thomas, son petit Thomas est là ! Enfin se dit-elle ! Son petit visage, elle le devine en caressant tout doucement et par habitude, du bout de ses doigts, son ventre où il n'est plus, mais elle lui dit pour la millionnième fois déjà alors qu'il n'est pas encore lové dans ses bras : "je t'aime mon enfant !".


Fin


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